L’Alsace

 

 

 

 

Un chien qui traque les punaises de lit.

La punaise de lit se cache partout, choisit sa proie la nuit, s’installe et se multiplie où bon lui semble… La résidence Le Moulin des Papillons Blancs à Mulhouse lui a déclaré la guerre et a établi un protocole. Avec l’aide précieuse de Suzy, une chienne renifleuse de punaise de lit, au flair infaillible.

C’est un fléau en recrudescence. La punaise de lit se multiplie comme elle veut, où elle veut. Sans bruit, narguant les produits chimiques et piquant l’homme la nuit. Elle a comme alliée le silence et la honte. Personne n’en parle alors que beaucoup connaissent son existence. Elle se loge dans les murs, les fauteuils, dans et sous les lits, dans les plinthes…

Cette petite bête a ainsi envahi la résidence Le Moulin des Papillons Blancs à Mulhouse. Son responsable, Stéphane Simon, a décidé de l’éradiquer en septembre dernier. Ainsi, sur le bureau du professionnel sont posées trois fioles remplies de punaises de lit qui grouillent et… un sac à chien. Oui, car depuis peu, il existe des canidés renifleurs, au flair infaillible, comme Suzy, 4 ans, qui piste l’insecte nuisible sans un aboiement. La jeune chienne est venue le 19 juin, avec son maître Jonathan Buckley de la société ATN (Alsace Traitement des Nuisibles), spécialiste des punaises de lit. Yeux intelligents, court sur pattes, l’animal a tout d’un bâtard bien éduqué.

« C’est un jeu pour elle »
Le maître-chien, également entomologiste amateur, précise : « Nous chassons la Cimex lectularius, soit la forme la plus courante des punaises. Cette activité convient à tous les chiens de chasse, sans qu’ils soient de pure race. Suzy est un croisé avec un basset artésien, pour le reste on ne sait pas trop … »

Sur place, Suzy effectue consciencieusement son travail, chambre après chambre. Il s’agit de sa deuxième visite sur ce site. « Nous sommes là pour un contrôle après plusieurs traitements chimiques professionnels afin d’établir un nouveau diagnostic. » Une pause d’une heure est prévue pour la promener. « Travailler à traquer la punaise relève du jeu pour elle. Mais Suzy n’est pas une machine ! Quand je sens qu’elle fatigue, on s’arrête. Aujourd’hui, il fait très chaud, elle travaillera moins que d’habitude. »

Stéphane Simon complète : « Même si nous l’avons éradiquée à 82 %, il n’est pas question de baisser la garde. Suzy nous permet de localiser les derniers foyers. Nous allons continuer à maintenir notre vigilance à tous les instants. » Parmi les mesures radicales prises dans la structure mulhousienne : congélation à -30° de tous les effets et literie, lavage à 60 ° des vêtements et draps, une opération encombrants menée le 6 avril, plusieurs passages de la société Flashguards, spécialiste chimique de la punaise de lit, nettoyeurs à vapeur… et vérification des lieux par Suzy. Dans un des studios encore sous surveillance, Suzy fait le tour de la pièce. « Where [Où] ? » : c’est par ce mot que son maître la conforte dans sa recherche. La chienne est concentrée à renifler et suivre les injonctions en anglais de son maître. Soudain elle s’arrête à un des pieds du lit. C’est ainsi qu’elle marque le lieu infesté et s’assoit en regardant son maître. « Elle détecte la punaise de lit dans un rayon de 50 cm », explique Jonathan Buckley.

1 200 heures de formation
Ce dernier se met à sa hauteur et lui lance « Show [Regarde] ! ». Suzy confirme sa détection en restant sur place, le regard convainquant. « Nous utilisons l’anglais, car ces chiens sont dressés en Floride dans une école spécialisée. Suzy est le premier chien avec lequel je travaille. Il faut 1 200 heures pour former chaque chien avec un entraîneur. Depuis un an et demi que j’ai Suzy, je continue chaque jour à la former, en stimulant son odorat. »

Cette méthode américaine est basée sur l’entraînement du sens olfactif du chien, stimulé par un échantillonnage de punaises de lit. « Il n’existe pas de parfum de synthèse pour cette punaise. Le chien marque la preuve de vie de cet insecte, même sous forme d’œuf. La punaise n’aime pas le chien, il bouge trop ! , indique ce professionnel. Dès les premiers doutes, il faut agir au plus vite. Lorsque nous sommes sollicités, souvent l’endroit est déjà très infesté. Et il n’existe pas de traitement préventif. »

Résultat de l’inspection de Suzy au Moulin des Papillons Blancs : sept studios sur les 36 sont encore infestés, contre 26 en mars, et un des deux appartements. En revanche, la punaise de lit a été éradiquée dans les espaces communs, le sous-sol, les stocks de linge et les voitures de service. Une intervention efficace, donc, de Suzy. Mais son maître l’affirme, le reste de sa vie est sans histoire et sans punaise.

En savoir plus : http://www.lalsace.fr/haut-rhin/2017/07/04/un-chien-qui-traque-les-punaises-de-lit